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Littérature et réel


    Jane Sautière

    Quand la littérature s’empare du réel, elle interroge notre monde passé et présent.

    Jane Sautière publie depuis une quinzaine d’années des livres qui s’ancrent dans la réalité, la sienne, et celle des autres. Au fur et à mesure des publications, elle affirme ce qui fait notre humanité. Dans son dernier livre, De la terre des pleurs un grand vent s’éleva, paru en septembre aux éditions Quidam , Jane Sautière revient sur une de ses expériences, individuelle tout autant que collective, celle des petits déjeuners distribués aux réfugiés exilés dans le XIXe arrondissement, depuis 2016, à l’initiative d’un groupe d’habitants du quartier. Tous ces gestes si simples, distribuer du pain, du thé, et aller à la rencontre de ces êtres en exil condamnés à la rue, à la peur, à la faim pour résister à la déshumanisation, la leur et la nôtre.
    Si ce livre nous touche c’est parce qu’il questionne en profondeur ce qui fait de nous un homme ( ou une femme). D’ailleurs , Primo Levi est présent dans ce texte, rapportant le moment où l’auteur tente, avec son compagnon de camp, de se souvenir de quelques vers de Dante.
    Dans ce petit livre, ni le seul ni le dernier sur ce sujet, elle parle au quotidien, un peu comme dans le journal Adventices, coécrit avec Marie Sordat, des solidarités, des rencontres, des échanges et de l’entraide qui se mettent en place, consciente du côte insoluble de la situation, sachant que les autorités ne sont pas intéressées par une solution autre que de faire disparaître, et les campements et les migrant/es.

    Jane Sautière © Jean-Luc Bertini

    L’immense question de ce qui fonde notre humanité traverse l’œuvre de Jane Sautière et nous en discuterons avec elle.

    « C’est par le pain partagé que nous nous sommes attachés à vous. C’est biblique, oui. Une bible des temps modernes qu’on n’évoque pas sans un rire bref, parce que c’est une chose bien dangereuse que le sacré et que, comme tous, nous le redoutons. Aux gens qui nous insultent parce que nous vous nourrissons, comme si vous étiez des pigeons, avec les mêmes reproches (la crasse, les maladies), il faudrait brandir le sacré du pain comme on agite l’ail au nez du vampire. »

    Quelques livres publiés aux éditions Verticales :
    Corps Flottants, 2022
    Mort d’un cheval dans les bras de sa mère, 2018
    Nullipare, 2008
    Fragmentation d’un lieu commun ( sur son expérience d’éducatrice en milieu pénitentière) , 2003


    Tout ce qui nous était à venir, 2024